« Ces centres-villes qui ne ferment pas boutique » – Le Parisien
Le commerce français se transforme et se réinvente. Dans un contexte de crises successives — sanitaires, économiques, géopolitiques —, il est un pilier du lien social et de l’aménagement de nos territoires. Nos commerces de centres-villes et nos centres commerciaux sont des lieux de vie, de rencontre et de cohésion, implantés au coeur de nos villes et de nos villages, où se tissent chaque jour les liens qui fondent notre société. Ceux-ci ont subi, comme de nombreux secteurs de l’économie, les conséquences des crises. Ils ont dû en parallèle s’adapter aux mutations de la consommation les conduisant à de profondes restructurations.
C’est pour cette raison que la FACT a souhaité conduire une étude nationale sur la vacance commerciale en centres-villes et l’évolution de l’emploi dans le commerce, afin de dresser un constat objectif, sur deux mandats municipaux, des évolutions à l’oeuvre. Les résultats de cette étude sont porteurs d’espoir : parmi 355 villes françaises étudiées, plus de 37% sont parvenues à réduire le pourcentage de locaux vacants entre 2019 et 2024, et même 48% parmi les villes de 50 à 100 000 habitants.
Cette réalité traduit la transformation remarquable des acteurs français du commerce — commerçants indépendants, enseignes, bailleurs, foncières, développeurs — qui, jour après jour, s’adaptent aux mutations de la consommation, innovent, investissent et créent de l’emploi non délocalisable. Elle atteste des succès plus fréquents des politiques mises en oeuvre par de nombreuses collectivités, avec l’appui de l’Etat, visant à redonner à leurs centres-villes l’attractivité et l’activité nécessaires au succès des commerçants.
Mais ces réussites ne doivent pas masquer les menaces qui pèsent sur notre modèle. Les plateformes asiatiques déstabilisent le modèle français du commerce, fondé sur la qualité et la proximité. Le déferlement de leurs produits à bas coûts et souvent dangereux — sans ancrage territorial, sans respect d’une fiscalité équitable, sans souci de la sécurité du consommateur — fait peser le risque d’une décommercialisation progressive de notre pays.
L’enjeu ? Rien de moins que la sauvegarde de plus de trois millions d’emplois.
Face à cela, les élus locaux jouent un rôle décisif. Ce sont eux qui, au quotidien et aux côtés de nos entreprises, oeuvrent à la vitalité commerciale des territoires en veillant à l’équilibre entre attractivité, mixité des usages et qualité de vie. Les villes qui réussissent à réduire durablement leur vacance commerciale partagent une même conviction : le commerce est le produit d’une politique globale. Autour du triptyque « accessibilité, sécurité, convivialité », elles font du commerce un puissant levier d’aménagement du territoire.
Mais les collectivités ne peuvent pas tout. L’État doit aussi apporter stabilité et visibilité aux acteurs économiques dans un environnement déjà marqué par l’inflation réglementaire et normative ainsi que par une forte pression fiscale sur les particuliers et les entreprises. Donner de la prévisibilité, réduire l’étau fiscal et normatif, soutenir l’investissement et la création d’emploi : tels sont les leviers d’une politique cohérente pour préserver la compétitivité des entreprises du commerce français.
C’est dans cet esprit que la FACT publie aujourd’hui cette étude, réalisée avec Codata et Sad Marketing, deux partenaires de référence. Ce travail est à la fois un diagnostic et un outil pour celles et ceux qui agissent sur le terrain. Il démontre qu’il reste de nombreux motifs d’espoir : dans de nombreuses villes, la vacance recule, les initiatives se multiplient, et de nouveaux modèles émergent. il convient de mettre en lumière ce qui fonctionne, ce qui réussit. Il n’y a pas de recettes miraculeuses, il y a simplement des envies et des volontés.
Le commerce français n’est pas condamné au déclin. À nous de le protéger, de le valoriser, et d’en faire, encore et toujours, un moteur du lien social et de la vitalité économique de la France et de ses villes.